Quoi dire aux femmes
qui « veulent »
essayer d’allaiter?
De
plus en plus de femmes disent de nos jours "je veux essayer
d'allaiter." C'est quand-même un bon début, mais il y a un petit problème
avec cette phrase. Imaginez que vous êtes assis dans un avion 747 sur le piste
de décollage à l'aéroport, et le pilote annonce ceci: « Bienvenu à bord les lignes aériennes Uni-vol. Notre vol
aujourd'hui est d'une durée de 5 heures, en déstination de Grandeville. Veuillez boucler vos ceintures, et vous
tenir bien, nous allons nous essayer de décoller. ».
Allez-vous
avoir confiance en ses capacités (et celles de toute l’équipe) s’il dit une
phrase comme ça? Pourquoi, ou pourquoi
pas?
Juste
le fait de dire « nous allons nous essayer » laisse sous-entendre
qu’il y a une porte de secours, que si nous échouons, c’est pas grave parce que
« au moins nous aurons essayé ».
Lorsqu’on
allaite un enfant, je suis sur que l’enfant n’aimerait pas entendre « je
veux essayer de t’allaiter » non plus.
Il voudrait entendre « je vais te nourrir avec mon corps et tu vas
ainsi grandir fort et vite ». On
ne se posera même plus la question, voir si on est capable de ce faire.
C’est
sur qu’il existe des contra-indications à l’allaitement, des choses qui
viennent nous barrer, qui nous font échouer.
Tout comme c’est sur que les pilotes d’avion font des accidents parfois
et l’avion tombe…mais il ne faut pas commencer avec une attitude que « si
ça marche pas, c’est pas grave »…sinon on ne prendrait jamais
l’avion! J Il faut plutôt commencer avec une attitude
de « je vais réussir peu importe le coût »…et si par après on échoue,
on ne se sentira jamais coupable de ne pas avoir réussi, car on saura qu’on a
fait tout ce qui était capable, y compris le fait d’être très positif. Un pilote qui vole un avion pour la première
fois, sans être trop sur de lui ne dira pas plus aux gens assis en arrière
qu’il « essaie de réussir ».
Il dit tout simplement qu’il va voler jusqu’à Grandeville en 5 heures. Point.
S’il fait un accident, ce ne sera pas un accident prévu, et il ne pourra
pas dire « bof, c’était pas grave, je n’y tenais pas trop de toute façon,
je faisais juste essayer. »
Personne ne lui en voudra, car on est humain, et on fait tous des
accidents, mais on ne doit pas commencer à parler en prévoyance de les faire.
Lorsque
j’ai décidé d’allaiter ma fille, j’ai dit que j’allais l’allaiter 1 an. Quand le monde me disait « oui, mais tu
vas voir, c’est pas facile, ce ne sera peut-être pas quelque chose que tu vas
aimer, tu vas peut-être avoir un enfant qui ne tètera pas bien, tu ne produira
peut-être pas assez de lait ». Il
faut dire que c’est vrai que l’allaitement a le dos large, mais à travers tout
ça, j’ai tenu bon à mon idée, et à mon souhait : j’ai toujours dit « je vais allaiter mon enfant 1 an…après
ça, on verra. ». Pareil comme j’ai
toujours dit « je vais avoir 2 enfants…après ça on verra ». Je ne me suis jamais arrêtée pour songer sur
le fait que je pouvais avoir de la misère à les concevoir…ou à les
accoucher…j’ai juste dit « je veux 2 enfants ». Point.
Si j’aurais eu une fille qui avait la galactosémie (maladie métabolique
où l’enfant ne peut pas être allaité…maladie très rare, d’ailleurs!), et je ne
pouvais pas l’allaiter, j’aurais ajusté ma vie en conséquence. Si j’avais de la misère à concevoir des enfants,
et je devais les adopter, j’aurais ajuster ma vie en conséquence. Et si j’étais pilote d’avion, et je
rencontrais beaucoup de turbulence, et malgré tous mes efforts, l’avion
tombait…je ferais de mon mieux, mais par la suite, peu importe ce qui arriverait,
si je restais vivant, j’ajusterais ma vie en conséquence. Mais jamais que je ne planifierais ma vie en
avance, au cas où mon avion tomberait et que toutes les personnes à bord
mourraient!
Merci à mon amie Cécile Fortin, IBCLC, pour
l’idée de cette page web.